Toxicomanie (2) : Fifi échappe à l’enfer de l’accoutumance

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Très jeune, elle a élu domicile dans la rue et mené une vie dissolue qui lui a fait découvrir la drogue. Devenue mère célibataire aujourd’hui, la jeune dame jure qu’elle a rompu avec le monde des toxicomanes.

Fifi (nom d’emprunt), âgée de 28 ans, était accro à la colle. Chassée de la maison familiale par son beau-père (le mari de sa mère) dès l’adolescence, la jeune fille passait ses journées sur la berge du fleuve Niger. C’est là qu’elle a commencé à consommer de la colle. La nuit, elle trouvait refuge devant la Grande mosquée de Bamako.

Dans cette vie dissolue, elle a contracté quatre grosses avec quatre garçons différents. Aujourd’hui, mère de quatre enfants dont deux orphelins de père, Fifi dit avoir rompu avec la drogue depuis un moment. Elle a accepté de nous raconter une partie de son histoire.

Elle dit avoir abandonné la drogue. Pourtant nous l’avons rencontrée sur le site qu’elle fréquentait où elle a fait la découverte de la drogue. Fifi tient un nourrisson dans ses bras. Elle tourne en rond à la cherche de son autre fille qui a, semble-t-il, disparu quand elle dormait. Que fait-elle là alors qu’elle dit avoir quitté le monde des marginaux ? «Je suis venue voir le père de mon enfant qui me doit de l’argent pour les dépenses de l’enfant. Il m’a dit qu’il me donnera de l’argent aujourd’hui quand il aura travaillé», répond-elle, l’air désemparée.

Fifi revient alors sur les faits qui l’ont conduite dans la rue où règne généralement la loi du plus fort. La mère de Fifi et ses enfants ont été abandonnés par le père de famille. Fifi était une gamine à l’époque. Sa mère, après des années d’attente, a fini par se remarier. Mais le beau-père ne semblait pas prêt à prendre en charge Fifi et sa sœur.

«Il ne voulait pas du tout de notre présence à la maison. Il nous a dit clairement qu’il ne pouvait pas élever ses enfants et ceux de quelqu’un d’autre», témoigne Fifi. Déçue par la réaction de son conjoint, sa mère a décidé de divorcer. «J’ai dû m’éloigner de la famille pour sauver son mariage», explique Fifi, qui avait 13 ans à l’époque.

C’est ainsi que l’adolescente se retrouva dans la rue, comme pour se jeter dans la gueule du loup. Face au poids de la détresse et aux perspectives qui s’assombrissaient, elle essayait de noyer ses soucis dans les stupéfiants. «Quand je revenais à la maison, mon beau-père me chassait. Il disait que ce n’était pas la maison de mon père», se souvient-elle. Pour se libérer du poids lié à ce rejet brutal, elle commença par prendre «le béret rouge», un comprimé vendu dans les «pharmacies par terre», puis de la colle. «Les produits m’aidaient à oublier tous les soucis, dans un premier temps», confirme Fifi.

AUTONOMISATION

Elle parvenait à s’en procurer à travers ses amies de la rue. Elle prenait souvent de l’argent avec ses connaissances pour acheter ses doses. «Je ne mangeais pas à ma faim. J’étais comme une malade. Je ne pouvais pas me payer de quoi me désaltérer, à plus forte raison que de m’acheter un pagne. Je dépensais tout ce que je gagnais dans la colle», raconte celle qui passait ses journées sur la berge du fleuve Niger. Plus grave, personne ne la respectait, pas même les tout-petits. «Mais aujourd’hui, j’ai pu arrêter», se vante Fifi, fière de sa décision, malgré la précarité dans laquelle elle vit.

Vêtue d’un tee-shirt blanc assorti d’un pagne de couleur bleu, de fines tresses longent sa grosse tête, elle semble manquer de tout, surtout de nourriture. Sa voix est presque inaudible à cause de la faim dont elle se plaint. Comment a-t-elle pu s’affranchir de cette accoutumance coriace ? Fifi explique : «C’est suite à une bagarre qui m’a conduite en prison alors que je n’y étais pour rien. Mais tout ceux qui étaient présents ce jour-là ont été mis sous les verrous». Elle a passé alors sept jours en prison, avant de recouvrer la liberté.

UN MAL POUR BIEN

Durant son séjour au cachot, Fifi a tenté sans succès de se procurer les produits. Cette période de rupture a fini par la convaincre de sa capacité à vivre sans les stupéfiants. «Je ne voyais plus aucun intérêt à consommer de la colle», reconnait-t-elle, avant d’inviter ceux qui en consomment encore d’arrêter pendant qu’il est temps. «C’est possible d’arrêter la toxicomanie. Moi, j’ai pu», témoigne Fifi. Pour oublier définitivement ses mauvais souvenirs et éviter de sombrer encore dans la toxicomanie, la mère célibataire cherche un fonds de commerce pour assurer son autonomisation économique.

Aminata Dindi SISSOKO

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