Biographie express de quelques artistes

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UNE HISTOIRE DES PHOTOGRAPHES

Selon Erika Nimis, auteure du livre «Photographes de Bamako de 1935 à nos jours», les Rencontres de la photographie de Bamako restent le point de départ d’un mouvement de reconnaissance de la photographie africaine sur le plan international. Si les Rencontres africaines de la photographie ont été institutionnalisées en 1994, la photographie a longtemps existé en Afrique, particulièrement au Mali, depuis les années 1800 à la faveur des Missionnaires lors de la pénétration coloniale. C’est à partir de cette époque que les Soudanais (appellation des Maliens avant l’indépendance) vont découvrir les images photographiques en noir et blanc.
Après des années de pratique par des Pères Blancs pour des besoins de documentations et de recherches sur la société africaine que certains Soudanais curieux vont découvrir l’invention de Nicéphore Niepce. C’est la naissance de la première génération des photographes maliens, notamment Mountaga Dembélé, Seydou Keita, Abderrahmane Sissako, Félix Diallo, Malick Sidibé, Sadio Diakité pour ne citer que ceux-ci. Cette première génération des photographes a travaillé sur le portrait et le quotidien de la société africaine.
Après une première édition plein d’engouement, les initiateurs des Rencontres de Bamako vont se donner comme objectif de découvrir davantage les génies créateurs de la photographie africaine et de les exposer à travers le monde. Cette première génération des photographes sera suivie par certains jeunes photographes qui vont constituer, plus tard, la deuxième génération des photographes maliens dont la plus part a été révélé lors de la deuxième édition des Rencontres africaines de la photographie. Il s’agit de Youssouf Sogodogo, feu Alioune Ba, Emanuel Bakary Daou qui se sont démarqués par leur travail de recherche contemporain, notamment Alioune Ba qui a déposé ses marques dans beaucoup de pays, à travers ses œuvres intitulées, «pieds et mains».
Si les photographes de première génération ont pu fasciner le monde à travers leur objectif en remportant de prestigieux prix comme Lion d’or de Malick Sidibé, tel n’est pas le cas pour la nouvelle génération, malgré la création de plusieurs centres de formation et la matérialisation de la Maison africaine de la photographie.

L’IDÉE DES RENCONTRES-L’organisation administrative de cet événement international était confiée à une commission d’organisation sous la tutelle du ministère de la culture malienne qui nommait un directeur des rencontres.

Il faut attendre 2003, soit 10 années après les premières rencontres, pour voir créer la Maison africaine de la photographie de Bamako dont la mission principale est l’organisation des Rencontres africaines de la photographie. Les organisateurs sont au nombre de trois, à savoir l’artiste peintre Abdoulaye Konaté, le sociologue Moussa Konaté et l’archéologue Samuel Sidibé.
L’édition est de2019 confiée à Lassana Igo Diarra, opérateur culturel privé comme délégué général des Rencontres de Bamako. à la faveur d’une image du photographe Seydou Keita lors d’une exposition aux Etats-Unis que deux photographes français, Bernard Descamps et Françoise Huguier, ont décidé de venir à Bamako pour comprendre l’histoire de la photo dans le continent noir, notamment au Soudan français. Ce fut une surprise pour eux de découvrir que les Africains sont des grands artistes. Pendant plus d’un demi siècle, les photographes maliens avaient soigneusement classé leurs archives (cliches) sans pour autant savoir que les rencontres allaient même existe un jour. C’est ainsi que les premières rencontres ont vu le jour avec le soutien de l’Afrique en création, une structure française qui soutenait la création africaine à l’époque. En décembre 1994, la première édition a été lancée à Bamako au Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba, sur la rive du fleuve Djoliba.
L’événement tant souhaité a été lancé par le président Alpha Omar Konaré, président de la République et grand défendeur de l’art et de la culture africaine. Ce fut un véritable engagement de la part des autorités maliennes qui ont favorablement accueilli l’implantation d’un évènement à caractère international sur le sol de Soundjata Keïta. Le premier flash fut déclenché par le président de la République pour montrer l’importance qu’accorde la République à la créativité et à la photographie.
D’édition en édition, les photographes s’investissent pour répondre à l’exigence de la création contemporaine. Cela va vite favorise l’émergence des jeunes photographes africains qui vont vite s’orienter dans la création contemporaine. C’est ainsi qu’ils vont déposer leur valise dans les grands festivals de l’art contemporain comme celui de Arles en France ou Da’kart au Sénégal. Parmi ces jeunes créateurs, les maliens Seydou Camara, Moussa Kalapo, Aboubacar Traoré, Salif Traoré, Thabiso Sekgala de l’afrique du Sud), le Sénégalais, Ibrahima Thiam (Sénégal)…
Vingt cinq années après sa création, la Biennale de Bamako est devenue une référence incontournable du paysage de l’art contemporain international même si, elle reste toujours en Afrique un événement moins populaire que le Fespaco du Burkina Faso et le Massa de la Côte d’Ivoire. Les Rencontres africaine de la photographie de Bamako, initiés par la France et le Mali, sont une manifestation artistique et culturelle, à caractère international, axée sur la création photographique du continent africain et de la diaspora. Elles constituent un crédo d’échange et de dialogue permettant aux artistes photographes de mettre en valeur leurs créativités et de rejoindre le Show-biz de l’art contemporain. Elles sont organisées tous les deux ans sur la base d’un travail de recherches proposé par des photographes et tout autres créations connexes comme la vidéo.
Nous sommes en 2007, soit douze années après sa création, les organisateurs ont décidé de faire une évaluation en vue de mesurer l’impact des rencontres sur la promotion et le développement de la photographie contemporaine. Cette réflexion tenue au Centre international de conférences de Bamako a permis de changer, pour un premier temps, le nom de la biennale de la photographie africaine. Pour certains experts du domaine, notamment, Simon Njami, l’un des grand artisan des rencontres et pour avoir diriger cinq éditions, pense qu’il n’existe ni la photographie africaine ni européenne mais des regards africains ou européens. Cette philosophie a été soutenue par plusieurs critiques lui permettant de changer le libellé des Rencontre africaine de la photographie pour devenir Biennale africaine de la photographie. Il a aussi été question de penser à rentabiliser économiquement l’événement qui était toujours budgétivore cofinancé par le gouvernement du Mali, la France et l’Union européenne.

TEMPS DE PAUSE-Si les rencontres ont été légèrement reportées à l’an 2000 lors de la 4ème édition pour rejoindre une année impaire en 2001, elles ont été freinée en 2012 après l’éclatement de la crise malienne au Mali. En effet, les Rencontres de Bamako n’ont pu être organisées pour des raisons d’insécurité, car notre pays était inscrit sur la zone rouge/orange dans les grands aéroports internationaux.
Les Rencontres de Bamako ont observé un temps de pause avant de continuer en 2014 sous la direction artistique de la Nigériane, Bisi Silva qui a redonné l’espoir aux photographes et créateurs africains à poursuivre leur voyage dans un univers de l’art contemporain.
La Biennale africaine de la photographie est aussi une histoire des grands professionnels de l’art visuel, des critiques d’art, des commissaires d’exposition, des collectionneurs et des amateurs de l’art contemporain. Parmi eux on peut retenir le camerounais Simon Njami qui continue de soutenir les rencontres à travers des conférences, des formations et des tables rondes pour des séances des critiques des œuvres. En plus, la nigérian Pendant un demi siècle d’existence, les rencontres ont été dominées par une série de thématiques traduisant le contexte dans lequel le monde évolue. Elles invitent chaque édition aux artistes de faire leur partition pour le développement et la restauration d’une paix dans nos pays. C’est pourquoi cette année, le commissaire invite les artistes sélectionnés à travailler sur le courant de la conscience, sous la direction artistique de Bonaventure Soh Bejeng Ndikung et Lassane Igo Diarra commissaire général de la 12ème édition des Rencontres de Bamako dont l’ouverture est prévue demain au Musée national.
Amadou SOW

Fototala King Massassy :
LE PHOTOGRAPHE PANAFRICANISTE
Né en 1971 en Côte d’Ivoire, Fototala King Massassy est un artiste malien à la production foisonnante. Rappeur, comédien et photographe autodidacte, il est inclassable. D’abord amateur, Fototala King Massassy pratique la photographie depuis 2007. Il en fait une de ses principales activités professionnelles en 2015. Le jeune artiste a déjà exposé à la Biennale de la photographie de Bamako, puis en France. À travers les portraits de ses héros du quotidien, Fototala King Massassy entend bien montrer combien l’Afrique est dynamique, inventive, fertile.
Aujourd’hui, le jeune talent photographie des choses pour célébrer l’Afrique des quatre coins de la planète. Du Vaudou au Brésil ou dans le Massachusetts aux états-Unis, il a assisté à des cérémonies. Comme Bantou, ce peuple noir en Inde qui revendique son africanité non pas seulement par sa couleur de peau mais aussi grâce à la musique et à la danse.
Pour le jeune photographe, l’Afrique c’est aussi ces Mélanésiens, Noirs blonds aux yeux bleus comme si la nature voulait jouer des tours à toutes les sciences, et surtout au commun des mortels qui a la manie de catégoriser l’espèce humaine. «Comme disait ma grand-mère : la terre est petite mais les gens sont grands. Elle disais aussi qu’il n’y a que deux choses qui nous appartiennent ; ce que nous mangeons et ce que nous retenons comme leçon», se souvient Fototala King Massassy.
Dicko Traoré dite
Dickonet : «LA VIDÉO, C’EST MA PASSION»
Son surnom Dickonet n’est autre chose que son prénom Dicko auquel les amis ont ajouté Network, qui désigne l’Internet ou le réseau mondial. C’est à cause de son attachement aux TIC qu’elle est ainsi surnommée. Très jeune, elle s’attache aux nouvelles technologies. Elle fréquente régulièrement les cybers et le e-festival de Bamako.
En 2005 elle remporte un prix à cette grande fête de l’Internet organisée par le ministère de la Communication et des Nouvelles technologies. La même année, elle passe le Bac dans la série Langue et littérature au lycée Saint- Pierre de Kalabancoro.
En 2010, elle passe le concours d’entrée au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako. Puis, à l’occasion de la célébration du Cinquantenaire, l’émission Cybernétic organise un concours, où Dickonet remporte le premier Prix vidéo avec son œuvre intitulée «Ma vision pour le Mali d’aujourd’hui». La même année, elle est nominée au concours «Democracy vidéo challenge aux USA» et au «One minute Africa award» en égypte.
Cette passionnée de la vidéo participe également aux différents ateliers de créations d’images artistiques organisés par les Centre culturels Soleil d’Afrique de Bamako et Kôrè de Ségou. Avec ses œuvres intitulées «Kelenya» et «Re-construction», elle a remporté le premier prix du concours national de vidéastes du Centre Soleil d’Afrique en 2013. Elle était préoccupée par la situation de crise politico-sécuritaire qui menaçait même l’existence de notre pays.
Ensuite, la jeune artiste va s’interesser à la nature en réalisant un documentaire de 16 minutes intitulé «Djiri ladon». Ce film est l’un des trois éléments qui composent son mémoire de fin cycle qu’elle a présenté pour l’obtention du diplôme de master du CAMM-BFK en 2015. La même année, elle expose des photos sur les femmes griottes du Mali au Centre culturel français. Elle est lauréate la même année de l’Université d’été de la prestigieuse école française des métiers de l’image et du son : «La FEMIS».
Dickonet  compter tourner bientôt un film de fiction de 26 minutes dont le titre provisoire est «Mouna Né», pourquoi toujours mo ? Le thème de ce projet est la violence faite aux filles. Un scénario qu’elle peaufine depuis près de 3 ans, en marge de ses autres créations.
Moustaph Diallo : LE SPÉCIALISTE DE DOCUMENTAIRES-FICTIONS
Réalisateur, producteur malien, Moustaph Diallo débute son apprentissage aux métiers de l’image auprès d’un vieux photographe nigérian immigré en Côte d’Ivoire qui l’initie à la prise de vue et au lavage des pellicules 6/6. Dès son plus jeune âge, il s’amusait à créer des projections d’ombre chinoise avec ses jeunes frères pour faire ses mises en scène cinématographiques.
Amoureux du septième art, et n’ayant pas les moyens nécessaires pour suivre des études dans ce domaine, Moustaph Diallo commence alors des stages d’apprentissage auprès de cinéastes confirmés africains et européens. Aujourd’hui promoteur de Manica Film Sarl, il réalise des documentaires-fictions sur les problèmes socio-économiques qui touchent les populations africaines. Il a également travaillé pour des chaînes de télé européennes.
Moustaph Diallo a réalisé en 2017 «Djanjo», un documentaire de 52 minutes relatant l’histoire de la musique moderne malienne des années 1960. En 2012, il a réalisé «Les Derniers Tirailleurs», un documentaire historique de 26 minutes dans lequel, il a rendu hommage à ces anciens qui ont été jusqu’au sacrifice suprême pour défendre la France pendant les différentes guerres. Il a ainsi reçu le Prix UEMOA du film documentaire au Festival CLAP, en Côte d’Ivoire, en 2011.
Moustaph Diallo a réalisé en 2008 Djiko «Affaire d’eau », un documentaire de 7 minutes sur la crise d’eau dans les villages au Mali, primé au Festival international de Vidéo, Nyamina Mali, puis en 2009 «Benkan Fanga», un documentaire-fiction court métrage de 3 minutes sur la symbolique de la paix 1st Prize Democracy video challenge.
Amsatou Diallo : FONDATRICE DE L’ASSOCIATION DES FEMMES
PHOTOGRAPHES DU MALI
Née en 1982 à Ségou, Amsatou Diallo est photographe, détentrice d’un master en action artistique et culturelle du Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako. C’est lors de la Rencontre africaine de la photographie de Bamako en 2005, qu’elle a su qu’être photographe était un métier. C’est ce qui l’a emmenée à faire une formation d’un an en argentique au Centre de formation en photographie de Bamako en 2006.
Amsatou Diallo a continué son apprentissage auprès des photographes à travers des nombreux ateliers et formation à la fondation AIAC en Espagne en 2009, à MC2a Bordeaux en 2012, à l’Association un autre regard à Bruxelles en 2012 et en 2015, à Eyes on Main Street Residency Program 2018 à Wilson au nort de la Carolina aux USA, au Bénin, Burkina, Ghana, Niger, Nigeria, Togo et Sénégal. Elle est la fondatrice de l’association des femmes photographes du Mali en 2007 et la présidente jusqu’en 2017. Amsatou travaille sur le quotidien de la femme depuis ses débuts jusqu’aujourd’hui et sur l’actualité. Son travail a été présenté lors de nombreuses expositions individuelles et collectives depuis 2007.
Amsatou Diallo a réalisé une œuvre intitulée :«Scènes de vie». «Elle est le rapport de la réaction entre ma culture et les autres cultures. J’ai capturé avec mon appareil photo les maisons historiques de la ville de Wilson à Carolina du nord aux états-Unis. J’ai utilisé ces phophographies comme fond. Ensuite, je monte les images du quotidien africain en plus des images de la documentation récupérées sur Internet, des vidéos, des photos des stars, des icônes et la récupération des vieilles photos comme celles de Malick Sidibé», explique l’artiste.
«Scènes de vie» dégage les richesses de plusieurs cultures de différents continents. Chaque pièce est unique et tirée une seule fois. «Chaque pièce représente mon travail artistique. Mon empreinte photographique doit servir la société, être utile. Pour celui qui produit comme pour celui qui regarde. Elle doit amener le débat, susciter l’attention et rassembler», détaille la jeune photographe.
Hamdia Traoré :
LE PORTRAITISTE
Hamdia Traoré est né le 31 décembre 1992 à Djenné dans la région de Mopti. C’est un photographe portraitiste, un homme de traditions qui aime s’y inscrire. C’est d’ailleurs de sa ville, Djenné, que son travail nous parle. Ville jumelle de Tombouctou, Djenné est un carrefour intellectuel et religieux important dans la région depuis des décennies.
Après avoir étudié la comptabilité au Centre de formation professionnel Vitre-Djenné, Hamdia Traoré  a commencé la photographie en 2004 avec un cousin photographe dans un studio à Djenné. Depuis, sa passion n’a cessé de croitre. De 2012 à 2016, il a suivi une formation en photographie numérique à l’Espace Photo Partage à Bamako, avec Emmanuel Daou, Patrick Ertel et Yacouba Sangaré comme professeurs, une école de formation professionnelle dédiée à la photographie créée en 2004 par les trois compères.
Le jeune photographe a enrichi sa formation d’un diplôme de conservation de la photographie, lors d’un atelier organisé par le Centre de formation en photographie (CFP) à Bamako. L’atelier était animé par Mme Q.S. SHOEMAKER, conservatrice de photographie aux Etats-Unis.
En 2016, Hamdia Traoré  a participé à une formation en photographie de reportage, organisé par la coopération Suisse au Mali, Samuel Sidibé du Musée national du Mali et Igo Diarra de la galerie Médina. Le formateur était le talentueux photographe suisse, Dominic Nahr.
En regardant ses oeuvres, on peut se rendre compte que Hamdia prend en photographie le temps et des destins. D’abord celui de sa ville mais aussi de ceux qui la font vivre.
L’aventure de la série de photos intitulée “Des marabouts de Djenné” a été réalisée par Hamdia à Djenné entre 2017 et 2018. Cette série met en valeur, à travers des portraits, des savants et des maîtres religieux musulmans qui jouent un rôle important dans cette ville, centre majeur du commerce et de l’érudition depuis des siècles. Djenné est une ville dont le centre est entièrement construit en banco. Depuis 1988, elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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