Boubacar Doumbia : Le grand maître du bogolan

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Désireux de sauvegarder les techniques traditionnelles de teinture, il a opté de partager ses connaissances avec les jeunes. Son Centre Ndomo de Ségou fabrique des tissus au design attrayant et accueille des centaines d’apprenants.

Au centre Ndomo qu’il a construit près de la carrière de la Commune rurale de Pélengana à proximité de la ville de Ségou, Boubacar Doumbia, l’artiste devenu entrepreneur, travaille d’arrache-pied. Création, formation, et artisanat lui permettent d’aider à l’insertion professionnelle de centaines de jeunes.

Mamadou SY
AMAP-Ségou

En incluant tout le monde, le Ndomo offre la possibilité aux diplômés sans emploi, les déscolarisés ou parfois ceux qui n’ont tout simplement pas eu la chance d’aller à l’école, une formation et un emploi. Son secret, c’est le savoir-faire local. C’est-à-dire les teintures traditionnelles que sont : le bogolan et la teinture naturelle sur les cotonnades.

Outre la formation technique, il a vocation à accompagner les jeunes dans la vie en facilitant leur socialisation et en leur apportant les valeurs qui faciliteront leur vie d’homme : responsabilité, engagement

personnel, travail, solidarité, dans le strict respect des valeurs de la société malienne, peut-on lire sur son site Internet. Travaillant pour la sauvegarde et l’innovation des techniques traditionnelles de teinture, le Centre propose à la clientèle des designs contemporains en bogolan, un tissu chatoyant à motifs géométriques et en Basilan.

Depuis sa tendre enfance, Boubacar Doumbia avait un grand penchant pour l’art. Bien que son père ait été topographe, celui-ci faisait des tableaux d’art. C’est de là que provient le désir ardent de Boubacar de devenir artiste designer. Dans un magnifique boubou, bonnet sur la tête, une petite moustache bien taillée et le sourire éclatant, Boubacar Doumbia a le verbe précis. La valorisation du «Made in Mali» chevillée au corps, avec pour ambition de propulser son entreprise à l’échelle mondiale.

Sortant du prestigieux Institut national des arts de Bamako (INA), il a fondé en 1978, le célèbre groupe d’artistes plasticiens Kasobané, qui révolutiona cet art dans notre pays. Constitué de feu Kandioura Coulibaly, Klétigui Dembélé, Souleymane Goro, Baba Kéïta, Boubacar Doumbia, et Néné Thiam, sont à la base de la vulgarisation du bogolan comme technique de peinture et de décoration. Une technique reconnue à travers le monde comme venant du Mali.

Il y a une vingtaine d’années, il s’est installé à Ségou comme représentant du Kasobane avec un show- room et un atelier. Ses produits se vendent bien. Mais, il a constaté l’existence d’un besoin de formation et d’emploi des jeunes dans cette ville. Il a imaginé alors un lieu de formation et de travail pour ces nombreux jeunes.

D’où l’idée de l’entrepreneuriat social et la création du centre Ndomo, en référence à la société initiatique chez les Bambaras. Dédié à la formation et à l’insertion des jeunes dans la vie active, le Centre est un édifice en banco rouge, symbole de la valorisation de la technique traditionnelle de crépissage et de décoration, bien à connu Ségou.

DISSERTATION LITTÉRAIRE

Boubacar Doumbia, l’artiste devenu entrepreneur, travaille d’arrache-pied au centre Ndomo 

Le visiteur est émerveillé par les ateliers de décoration et de teinture, les larges espaces de travail, le magasin de stockage et la salle de vente. Une dizaine de maîtres artisans sont chargés des commandes et de l’encadrement des apprenants. Les apprenants sont nombreux dans l’espace de teinture et de séchage. Chacun est occupé à une tâche bien précise.

Des tissus sont exposés à même le sol pour sécher au soleil. La pièce réservée à la vente, déborde de pièces de tissus aux couleurs chatoyantes. Difficile pour le visiteur de passer sans marquer un arrêt pour admirer ces chef-d’œuvre.

Dans nos sociétés traditionnelles, le travail de teinture est généralement réservé aux femmes. A travers les dessins et symboles, elles transmettent des messages de paix et de cohésion au sein de la communauté. Selon notre interlocuteur, il existe environ 17 symboles avec des noms et significations. La ligne droite reflète le chemin droit.

Le point en cercle désigne une chose précieuse comme la famille et la ligne brisée décrit le chemin emprunté par une personne qui refuse de payer ses dettes. «Les femmes utilisent une variété de symboles pour faire une véritable dissertation littéraire sur les tissus en traitant des thèmes en lien avec la société», dira Boubacar Doumbia.

Le centre Ndomo produit des tissus qui servent à faire des vêtements, des draps de lit, des rideaux et beaucoup d’autres accessoires. Ces produits « sont écologiques et faits à la main avec des teintures 100 % naturelles », insiste notre interlocuteur.

Le processus de fabrication est artisanal. Une fois le tissu teinté à partir des couleurs végétales, il est décoré à partir d’une technique traditionnelle mandingue. L’étoffe est chargée d’efforts humains en raison du tissage, du trempage du tissu dans les teintes végétales et les décorations qui sont faites à la main. A la finition, on obtient un produit bio.

La pratique a bien évolué au fil du temps, assure le fondateur du centre. Il existait deux types : le bogolan avec le fond  noir et un dessin en blanc, et le second est fait avec le fond blanc ou rouge agrémenté de dessins noirs. Ce sont ces deux styles qui étaient beaucoup plus en vogue sur le marché.

Grâce au groupe Kassobané qui a fait des recherches sur le bogolan, il existe sur le marché toute une large gamme de couleurs : orange, jaune vive et jaune terne, gris, marron, vert olive et bien d’autres qui ont vu le jour.

De sa création à nos jours, le centre Ndomo a formé plus de 200 personnes qui sont presque toutes autonomes. Car elles parviennent convenablement à faire leur travail et à se prendre en charge. En un mot, elles gagnent leur vie en exerçant cette activité. Quant à ceux qui choisissent de rester dans le girond du centre, ils sont strictement encadrés.

Ébranlés par la crise de 2012, de nombreux ateliers d’artisanat ont mis les clés sous la porte. Le centre Ndomo a pu tenir le coup, car la structure fonctionne différemment des autres entreprises classiques. Il y a une répartition équitable entre les travailleurs, des bénéfices réalisés. La majeure partie de nos clients étant des étrangers, beaucoup d’artisans ont été obligés de fermer.

Mais le Ndomo n’a jamais fermé, se targue son promoteur. Le Ndomo fonctionne comme un marché où il y a des artisans qui sont installés. S’il y a des commandes, ils travaillent collectivement et la marge bénéficiaire est repartie entre les artisans.

Mamadou SY
AMAP-Ségou

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