Chronique Cinéma : De sable et de feu, Fanatisme, quand tu nous tiens !

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Le réalisateur Souheil Ben Barka

Les extrémistes contemporains pensent avoir découvert l’unique voie menant à Dieu. Ils sont à côté de la plaque. Bien avant eux, depuis les âges farouches, quand l’homme a commencé à exprimer sa dévotion au Tout-Puissant, il s’est trouvé, malheureusement, des fanatiques pour semer le désarroi parmi tous ceux qui ne partagent pas leur conviction religieuse et qu’ils considèrent comme des impies.

Pour ne remonter qu’au XIXème siècle, Souheil Ben Barka nous le prouve, avec son dernier film « De sable et de feu ». Le fanatisme religieux et la remise en cause des valeurs occidentales imposées comme modèle universel sont au cœur de ce grand film naviguant entre genres aventure et historique.

Par la magie du cinéma, il nous fait revivre l’histoire vraie, entre 1802 et 1818, de Domingo Badia Y Leblich, un officier de l’armée espagnole, dépêché au Maroc par le Premier ministre espagnol avec pour mission de renverser le Sultan marocain soupçonné de pratiques au profit des Anglais visant la reconquête de l’Andalousie espagnole.

Pour la réussite de sa mission, il se fait circoncire et adopte la fausse identité d’Ali Bey Al Abassi, fils assassiné d’un émir de Damas. Détail important, il se trouve ainsi propulsé au rang de descendant du prophète Mohammed, ce qui lui ouvre bien des portes dans ce pays musulman, au point de vouloir en prendre la direction.

Las d’attendre son bien-aimé Ali Bey parti assouvir son ambition débordante, Lady Hester Stanhope, une aristocrate anglaise, épouse progressivement la foi musulmane et embarque pour la Syrie. Là-bas, à Palmyre, elle acquiert une notoriété qui la propulse à la tête de cette contrée où elle amplifie ses croyances religieuses au point de prendre le nom de Méléki.

D’une cruauté sans limite, elle porte le fanatisme à un degré difficilement égalé. Sa passion amoureuse pour Ali Bey ne peut l’empêcher de sévir mortellement contre lui à la découverte de sa fourberie. Comme quoi, rien n’est au dessus de la conviction du fanatique religieux d’être sur le droit chemin.

Le film, qui dure près de deux heures, est d’une intensité et d’une violence inouïes qui maintiennent le spectateur scotché à son siège tout au long de son déroulement.

La clarté du message est d’une lisibilité remarquable et les effets spéciaux amplifient la sensation de se trouver dans le feu de l’action. C’est un spectacle grandiose qui transporte à travers le Maroc, l’Espagne, l’Angleterre et la France dans les décors fastueux des palais et résidences.

En plus de la qualité du film, il faut reconnaître au réalisateur cet extraordinaire coup d’œil pour avoir su extirper du livre décrivant l’aventure de cet officier espagnol, l’amour impétueux entre un homme et une femme issus de la haute société occidentale et convertis sur le tard à l’islam.

Pour se donner plus de chance de réussite, Souheil Ben Barka a eu recours à une dizaine d’acteurs internationaux européens et marocains comme l’Espagnol Rodolfo Sancho qui incarne Ali Bey, l’Italienne Caroline Crescentini qui interprète le rôle de Lady Hester Stanhope convertit par la suite en une impitoyable Méléki, les Marocains Youssef Kerkour et Kamal Moummad notamment, ainsi que plus de 30 000 figurants.

Le metteur en scène explique que le livre qui l’a inspiré pour écrire le scénario du film « … raconte surtout l’histoire d’un homme, Ali Bey, en mission au Maroc et qui apprécie simplement la manière dont il était reçu par le Sultan Moulay Slimane. J’ai tout de même continué mes recherches sur le personnage et son époque avec tous les chamboulements politiques, scientifiques».

Souheil Ben Barka est un réalisateur qui se dit à 100% malien et à 100% marocain, C’est pourquoi, il a préféré accorder la première mondiale du film au Mali. Elle a eu lieu dimanche 8 septembre au Magic Ciné en présence de nombreux invités dont le président de la République et son épouse.

Né le 25 décembre 1942 à Tombouctou où il a grandi et fait ses études primaires, Souheil Ben Barka, ce cinéaste malien, auteur de nombreux longs métrages dont « Amok » sorti en 1982, est aussi le sauveur des archives filmées du Mali.

Gravement en danger dans la Yougoslavie moribonde où elles étaient entreposées, elles ont été, de par son initiative, transférées en lieu sûr au Maroc, son autre patrie. C’est là un rappel que suivra un développement ultérieur.

Kabiné Bemba Diakité

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