Faits divers : Le condamné à la peine capitale est-il le coupable ?

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Interpellé deux ans après un meurtre, le jeune transitaire clame toujours son innocence comme de nombreux témoins l’ont d’ailleurs démontré à son jugement. Mais les juges, eux, semblent avoir une autre lecture du dossier.

« On n’a rien sans peine », dit la maxime. Ils sont nombreux nos compatriotes qui émigrent dans des pays voisins à la recherche du bonheur. Ils n’ont naturellement pas tous la même chance. Certains s’en sortent bien alors que d’autres, durant leur séjour dans leur pays d’accueil, par malheur, vivent un véritable calvaire. C’est du moins le cas de ce jeune homme, Y. Cissé, un compatriote établi en Mauritanie, précisément à Nouadhibou depuis environ une quinzaine d’années, selon nos sources.

Pendant cette période, le natif de Mopti a épousé une Mauritanienne avec qui il a eu une fille. Aujourd’hui âgé de 47 ans, l’homme est transitaire de profession, un métier dans lequel il évolue depuis des années. Selon ses proches que nous avons rencontrés, durant toutes ces années, Y. Cissé voyageait régulièrement entre le Mali et la Mauritanie dans le cadre de son travail.

Par la même occasion, il lui arrivait souvent de convoyer des marchandises appartenant à certains commerçants. S’il faut croire nos sources, le jeune transitaire ne faisait que çà depuis qu’il a atterri chez nos voisins mauritaniens. Durant toutes ces années, tout se passait bien pour lui. Le jeune homme semblait même marcher sur l’eau, comme on le dit. Voilà qu’un jour de mars 2012 tout va basculer

pour lui.

Ce jour-là, sans savoir en réalité ce qui s’est passé, il est interpellé par des policiers à Nouadhibou et conduit manu militari dans les locaux d’un commissariat de cette localité. Par la suite, il apprend à son grand regret qu’il est suspecté de « complicité de meurtre ». C’était comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Le quadragénaire transitaire savait probablement tout, sauf que c’est le début de la décente aux enfers pour lui.

En parallèle, pendant qu’il creusait les méninges pour comprendre ce qui s’est réellement passé et qui puisse l’amener dans un tel pétrin hors de son pays natal, les juges, eux, faisaient leur travail. Ils ont diligenté la procédure judiciaire pour faire comparaitre à la barre Y. Cissé et ceux qui sont suspectés être ses complices. Le verdict tombe. Ils sont condamnés à la peine capitale, tel que cela ressort des documents.

à l’époque, la presse du pays en a fait ses choux gras. Certains confrères n’ont pas manqué de rappeler que durant son procès, le transitaire malien n’a cessé de clamer son innocence depuis l’instruction de son dossier. Apparemment, il semble que la justice du pays d’accueil soit restée sourde aux lamentations du jeune homme. Avec le temps, l’affaire a fini par mobiliser de nombreuses bonnes volontés dont des activistes locaux. Eux ont rejoint les collègues et certains proches du présumé coupable pour un seul et même but.

« Libérer Cissé, car il est innocent ». Le temps passe, toujours rien alors que le jeune homme croupit au cachot. Voyant que la vie d’un innocent est menacée, ses proches, collègues, amis et/ou simples défenseurs des droits de l’Homme se sont mobilisés, chacun par ses moyens pour obtenir l’annulation de l’application de la peine capitale prononcée contre celui qu’ils croient fermement innocent.

Dans la même veine, pour corroborer cet état de fait, certains de ses collègues et proches nous ont apporté des documents qui font planer de sérieux doutes sur l’implication de Y. Cissé dans ce meurtre. Précision : Y. Cissé est suspecté de complicité de meurtre d’un certain Mohamed Ould Mané dont le corps sans vie a été découvert le 26 juillet 2010 à Nouadhibou. Du moins c’est ce qui ressort des documents que nous avons reçus, sans plus de précision. Les choses auraient évolué ainsi pendant deux ans (certainement le temps des enquêtes) avant que la police n’interpelle le jeune homme. Et cette interpellation s’est passée plus précisément, toujours selon les documents, le 30 mars 2012. Donc deux ans après les faits.

Si le meurtre de ce citoyen mauritanien est incontestable, il se trouve qu’à la date sus indiquée (celle du meurtre), le nommé Y. Cissé se trouvait à Bamako comme le prouvent des documents officiels. « Monsieur Y. Cissé se trouvait à Bamako à la date du 26 juillet 2010, date de découverte du corps sans vie de feu Monsieur Mohamed Ould Mané », peut-on lire dans la « déclaration sur l’honneur » d’un des témoins, dont copie nous est parvenue. Le même document poursuit : « Cette déclaration sur l’honneur est pour témoigner l’innocence

de Monsieur Y. Cissé comme complice dans le meurtre de… »

Bref. Pour nos sources, l’innocence du jeune transitaire malien est incontestable. Pis, elles s’étonnent de la mise à l’écart des documents officiels produits par des hommes de droit après vérification approfondie des faits prouvant l’innocence de Y. Cissé. Documents qui, s’il faut les croire, font foi devant toutes juridictions impartiales.

Toutefois, les proches, collègues et autres défenseurs des droits bafoués n’entendent pas baisser les bras. Ils promettent de tout mettre en œuvre pour éviter la mort d’un innocent qui croupit derrière les barreaux en Mauritanie depuis environ huit longues années. Et la justice mauritanienne semble demeurer sourde aux « tapages » des défenseurs des droits de l’Homme. « Il vaut mieux acquitter cent coupables que de condamner un innocent », apprend-on dans les couloirs des cours et/ou tribunaux.

Mohamed TRAORÉ

 

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