Mag’ Culture: les grottes de Missirikoro, Un temple de la tolérance religieuse

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Adeptes des fétiches et musulmans y cohabitent harmonieusement. Chaque groupe prie selon ses croyances. Cet esprit de tolérance est sans doute à l’origine du fait que les prières prononcées en ces lieux sont exaucées. Voilà pourquoi, beaucoup de personnes y vont pour des préoccupations comme un mariage heureux, une promotion, un succès aux élections…

Site historique et culturel important de la région de Sikasso, les grottes de Missirikoro sont constituées de blocs imposants de roche. Ce site est fréquenté de nos jours par de nombreux Maliens et des ressortissants des pays voisins comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et des touristes européens.
Situées à une quinzaine de kilomètres de la ville de Sikasso, les grottes de Missirikoro constituent un trésor culturel inestimable où cohabitent les adeptes des fétiches et les musulmans.
Le premier bloc, qui se compose de deux pièces, est réservé aux adeptes des fétiches qui utilisent une pièce comme autel de culte où l’on immole les animaux et dans l’autre pièce, l’oracle trace les signes cabalistiques pour ses consultations. Il y a ensuite un vestibule qui sert de réfectoire et de refuge pour les populations en cas de guerre.
Il existe une sorte de labyrinthe orienté vers la Kaaba, c’est la mosquée qui ne désemplit pas de croyants, de marabouts venus faire des retraites spirituelles, surtout pendant le mois de carême. Il y a, enfin, le sommet des grottes qu’on ne peut atteindre que par des échelles superposées.
Au-dessus de la grotte, le visiteur a une vue panoramique de la ville de Sikasso et des villages qui l’entourent. Le directeur du musée régional de Sikasso, Mando Goïta, est intarissable sur la légende de la grotte, sa valeur mystique et sa gestion actuelle par les communes rurales qui l’abritent.
Comme son nom l’indique en bambara, Missirikoro résulte de deux versions. La première version renvoie à la vieille mosquée, qui était le seul lieu où l’on pratiquait la religion musulmane dans le temps, car, selon notre interlocuteur, la majeure partie des populations étaient des adeptes des fétiches et s’opposaient à d’autres pratiques religieuses. Les premiers adeptes de la religion musulmane étaient donc obligés de se retirer dans cette grotte pour accomplir leur devoir religieux. Comme cette grotte a servi de première mosquée dans la contrée, on l’a nommée « vieille mosquée » ou Missirikoro. La seconde version a trait au village Missirikoro  situé à proximité de la mosquée.

AU DEBUT, UNE LEGENDE – La légende raconte qu’en lieu et place des grottes, se trouvait une mare très riche en poissons autour de laquelle une convoitise est née entre les villages environnants : Missirikoro, Sokourani et Niangansoni. Dans un premier temps, les anciens trouvèrent une stratégie pour éviter la discorde. Ils instituèrent une pêche collective cyclique de la mare et les poissons pêchés étaient repartis entre les trois villages, selon la taille de leur population. Mais des incompréhensions sur la répartition ont provoqué des affrontements sanglants entre les trois villages.
Selon toujours la légende, les anciens se sont encore rencontrés pour trouver une nouvelle stratégie qui consistait à identifier le village propriétaire de la mare en faisant des serments, comme c’était le cas dans l’histoire. Chaque village devait donc prêter serment dans un langage dicté par le patriarche.
Pour le village de Sokourani, qui détenait un caillou comme témoin, le délégué jeta le caillou dans la mare en disant que si c’est son village qui a découvert, le premier, la mare, qu’il se transforme en colline. Ensuite, le délégué de Niangasoni, qui détenait un arbuste, le jeta dans la mare, en disant qu’elle se transforme en bosquet, si son village était le propriétaire de ce cours d’eau. Enfin, le village de Missirikoro détenait un œuf que son délégué jeta dans la mare, en demandant aux génies que si le cours d’eau appartenait à son village, qu’il demeurât une mare.
Le conseil des sages avait donc donné une semaine aux belligérants pour la suite de leurs prestations de serment. Selon la légende, le 6è jour après la prestation de serment, un brouillard épais a envahi la surface de la mare et le 7è jour, le cours d’eau s’est transformé en grotte, donnant ainsi raison au village de Sokourani qui est, de nos jours, le propriétaire des lieux. Actuellement, bien que le village de Missirikoro soit le plus proche des lieux, l’obédience sacrificielle relève de Sokourani. Malgré l’appartenance des lieux à Sokourani, le conseil des sages des trois villages a décidé d’en faire un bien commun, comme la mare.

ORACLES, VŒUX ET SOUHAITS– Chaque année, les villages voisins se retrouvent autour de la grotte et procèdent aux cérémonies de sacrifices pour les génies des lieux. Les grottes sont ouvertes à toute personne désireuse de s’y rendre, sans distinction d’ethnie, de race ou de religion.
Les grottes de Missirikoro sont d’utilité publique et rendent d’énormes services aux populations dans le domaine de la santé et des préoccupations quotidiennes.
Selon le directeur du musée régional, les rois de Sikasso, n’entreprenaient jamais d’expéditions guerrières sans consulter les génies de Missirikoro, sur le plan de la religion musulmane et de l’animisme ou les oracles, suivant les signes cabalistiques qui prédisaient l’issue de la guerre. Si l’issue des combats n’était pas favorable, les grottes servaient de refuge pour la population.
Selon notre interlocuteur, beaucoup de personnes fréquentent, de nos jours, les grottes pour avoir des enfants, guérir de maladies psychiques ou physiques, savoir si un mariage sera heureux ou pas, avoir une épouse ou un époux, une promotion, ou encore à la veille d’élections.
Le système est simple. Le visiteur promet que, si ses vœux sont exaucés, il offrira tel ou tel cadeau aux génies. Selon Mando Goïta, 95% des vœux sont réalisés. Il soutient avoir les preuves de ces succès, car il conduit régulièrement de nombreuses délégations maliennes et étrangères sur les lieux. Si le visiteur est satisfait, il doit obligatoirement tenir sa promesse. Récemment, une délégation d’enseignants burkinabé est passée par là et certains ont envoyé des cadeaux, car ils ont eu des promotions à leur retour.
Notre interlocuteur précise que les grottes de Missirikoro sont toujours envahies. Lors de notre passage, nous avons trouvé de nombreux élèves candidats aux prochains examens et des femmes en quête d’époux. « Au moment des élections, l’endroit ne désemplit pas », nous a-t-on dit. Certains vont du côté de la mosquée et d’autres vers les adeptes des fétiches ou plusieurs peaux d’animaux immolés sont en putréfaction. Là, les animaux sont immolés et consommés sur place. Par discrétion, notre interlocuteur n’a pas dévoilé les noms des personnalités qu’il aurait conduites sur les lieux.
La grotte de Missirikoro, demeure un trésor culturel et touristique à sauvegarder. Sa renommée dépasse nos frontières. Le gouvernement, à travers le ministère de la Culture, a apporté quelques aménagements sur le site pour faciliter son accès.
Avec la décentralisation, les grottes relèvent traditionnellement de Sokourani, chef-lieu de commune, mais sont situées dans la Commune rurale de Missirikoro. Les deux communes en font donc une gestion concertée.

F. DIABATE

 

Missikoro, la mystique

Les grottes de Missirikoro ont des valeurs mystiques reconnues par les populations de la contrée et au-delà. C’est pourquoi, ce site historique, culturel et touristique, étonnamment fait de tunnels et de labyrinthes, est toujours pris d’assaut, au moment des épreuves difficiles de la vie.
Selon les gardiens des lieux, certaines maladies considérées comme incurables sont guéries grâce aux produits de la grotte. Pour le traitement de telles maladies, le patient se rend au pied de la grotte, nuitamment, en tenue d’Adam. Avec la démographie galopante, pour éviter d’être vu, il peut se déshabiller à une centaine de mètres des grottes. Toujours est-il qu’il ne peut cueillir les feuilles d’arbre qu’étant nu comme un ver. Il coupe n’importe quelle feuille d’arbre à sa portée et en fait trois ou quatre boules, selon qu’il soit homme ou femme, car le signe emblématique de l’homme, c’est trois et celui de la femme quatre.
Il revient au village et fait bouillir les feuilles avant de passer par les trois phases du bain. Il s’agit du bain de vapeur, du bain total et de la boisson. A l’issue de ce traitement, le malade recouvre sa santé, selon la croyance populaire.
Toujours sur l’importance sociale de la grotte, des femmes, qui cherchent un époux ou un enfant, se rendent dans les grottes, cette fois habillées, et promettent d’offrir des cadeaux aux génies, si elles se mariaient ou avaient un enfant. Dans les mois qui suivent, elles ont des prétendants, selon les gardiens des lieux.
Plusieurs exemples nous ont été rapportés, tel que le cas de cette femme d’une quarantaine d’années, d’un quartier populaire de Sikasso, qui était totalement désespérée. Après son passage dans les grottes de Missirikoro, elle a eu l’époux de son choix.
Au moment des élections locales et législatives, les candidats affluent aux grottes de Missirikoro. Certains du côté de la mosquée et d’autres du côté des adeptes des fétiches pour se confier aux génies du site. Généralement, beaucoup sont satisfaits et offrent des moutons ou des caprins pour honorer leurs promesses.
F. D.

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