Malnutrition : À combattre depuis la naissance

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                                                                                            Dr Djibril Bagayoko
La malnutrition est la conséquence d’une alimentation insuffisante en qualité et en quantité. Qu’elle soit aiguë ou chronique, elle comprend la dénutrition, les carences en vitamines, le surpoids, l’obésité et les maladies non transmissibles liées à l’alimentation. Elle a des conséquences désastreuses sur la vie de l’enfant. Un enfant affecté par la sous-nutrition risque de souffrir de déficience cognitive et physique, ce qui affectera la qualité de sa vie en tant qu’enfant et un peu plus tard en tant qu’adulte.

Selon les statistiques, 34,3% des mortalités infantiles au Mali sont associés à la sous-nutrition. 21,1% des cas de redoublement de classe au niveau scolaire sont liés aux grandes difficultés que connaissent les enfants atteints d’un retard de croissance. Il ressort également des statistiques que la mortalité infantile a réduit de 11,6% la population active du Mali.

Avec une  femme malnutrie, le risque que l’enfant vienne au monde avec un faible poids est très élevé. C’est pourquoi, le chef de la Cellule de coordination de la nutrition, Dr Djibril Bagayoko, au niveau de la direction générale de la santé, insiste sur le fait d’investir dans la femme pour inverser la tendance. Ce spécialiste soutient que l’alimentation joue un rôle essentiel sur la santé et le développement de l’enfant. Déjà à trois semaines de la grossesse, il faut s’occuper de la femme afin d’éviter la malnutrition chronique ou la faim du cerveau. Il faut également une prise en charge nutritionnelle de la femme enceinte et de la femme allaitante, explique-t-il, avant de préciser que « la femme enceinte doit bénéficier d’une alimentation riche et équilibrée ».

La malnutrition provoque chez la femme et l’enfant un faible poids/taille, l’anémie, un retard de croissance, le surpoids ou l’obésité. Concernant le bébé, Dr Djibril Bagayoko, insiste surtout sur l’attention particulière à porter sur l’enfant pendant ses premiers 1000 jours.

Selon lui, ces jours sont essentiels dans la vie du bébé et le spécialiste étaie ses propos par des données scientifiques. « Depuis les premières années de sa vie, un bébé construit et prépare son avenir. Déjà, avant l’âge de trois ans, son cerveau peut former 1000 connexions neuronales à chaque seconde ». C’est aussi pendant cette période qu’il acquiert les bases qui lui permettront d’apprendre et de s’épanouir. En raison d’une alimentation pauvre, certains n’ont pas cette possibilité.

Un enfant saint peut gérer mieux les maladies contrairement à un enfant malnutri. Le médecin indique qu’un enfant atteint de malnutrition chronique pendant une période prolongée, souffrira rapidement d’un retard de croissance. Ses défenses immunitaires sont très affaiblies. De ce fait, il est davantage confronté à des risques comme les diarrhées, le paludisme et d’autres infections. Les élèves souffrant d’un retard de croissance ont plus de chance de redoubler les classes ou même d’abandonner l’école. Ce retard aura également un impact sur eux lorsqu’ils entreront sur le marché du travail. Ce qui signifie que les travailleurs ayant souffert du retard de croissance sont moins productifs que les travailleurs n’ayant pas souffert de retard de croissance.

Parlant des conséquences sur notre pays, Dr Djibril Bagayoko révèle que le coût annuel engendré par la sous-nutrition est estimé à 265,5 milliards de Fcfa. Ce qui correspond à 4,06% du produit intérieur brut (PIB). Les effets cumulés du retard de croissance sur la productivité font perdre à notre pays 3,75% de son PIB. 47,3% de la population adulte ont souffert de retard de croissance pendant l’enfance.

Le spécialiste de la nutrition recommande de promouvoir les bonnes pratiques nutritionnelles et alimentaires et de renforcer la communication pour le changement de comportement.

Fatoumata NAPHO

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