Mariage à Dia : La crème de riz bénie offerte au nouveau couple

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                                                          La nouvelle mariée donne le “foudé” à son époux
Cette tradition, bien ancrée à Dia, consolide et pérennise les liens entre les conjoints

Plusieurs cités historiques maliennes ont contribué à répandre le savoir islamique et le pouvoir mystique que recèlent les versets du Saint Coran. La Citté des « 333  Saints », Tombouctou, les villes de Gao, Djenné, et Dia sont toujours évoquées avec respect et considération par les érudits musulmans de toutes les ethnies de notre pays.

Chacune de ces villes tire sa réputation des miracles mis au crédit de leurs nombreux saints.
La ville de Dia pourrait se prévaloir de l’appellation « Dia la mystérieuse ». Ce mérite viendrait de la savoureuse crème traditionnelle de mariage, ou « kognon dègué » en bambara. Cette pratique culturelle est loin de s’éteindre.

A l’occasion des cérémonies sociales le secret de préparation se transmet de mère à fille.
La cité sainte de Dia est située à 15 km de Ténenkou dans la Région de Mopti. Malgré la modernisation dans le domaine du mariage, la préparation du multiséculaire « déguè de mariage » reste une activité intimement liée à l’évènement solennel.

Ce mets fétiche continue de marquer l’esprit des nouveaux mariés, des parents et amis dans la localité de Dia. C’est le clou de la journée de fête. C’est le symbole de la bénédiction de la communauté pour que l’union sacrée soit pérenne.

Mme Traoré Aminata Tamina, originaire de Dia, expose les préparatifs de la magique crème. C’est la famille de la nouvelle mariée qui est chargée de préparer le fameux “dèguè”. Les amies de la mariée se rassemblent à la veille du mariage pour piler le riz du “dèguè”, le  « foudé » en bozo. La poudre est tamisée et tous les ingrédients sont prêts avant le lever du jour.

Dernier Acte-Tôt le lendemain, les vieilles femmes se réunissent pour terminer la préparation. Elles dosent les ingrédients. Le tout est arrosé par une certaine quantité de lait. Quand le « déguè » est jugé réussi et savoureux à souhait, une grande tasse neuve est remplie.

Cet ustensile est choisi dans le trousseau de la nouvelle mariée. Ce plat est mis de côté. Il sera servi plus tard aux nouveaux mariés. Le reste du « dègué » est partagé entre les pères, les mères, les grands-parents, les copines de la mariée.

Le nouveau couple est tenu en dehors de tous ces préparatifs. En effet tôt le matin, les copines cachent la mariée chez une grande sœur. Elle y passera toute la journée en compagnie de ses amies jusqu’à la tombée du soleil. Les parents viennent chercher la nouvelle mariée au début de la soirée pour la ramener dans la grande famille.

C’est le moment de se résigner pour les grands pères, « les premiers maris » selon la coutume. Ils libèrent « leur dulcinée » de sa promesse de mariage. C’est le dernier acte avant l’arrivée des envoyés de la belle-famille, chargés de conduire la nouvelle mariée dans sa nouvelle famille.

Elle sera installée chez son mari, dans la chambre nuptiale. Elle est accueillie par son époux entouré de ses amis et des (sages) imams. Les marabouts bénissent les nouveaux mariés. Cette imprégnation dans les valeurs musulmanes est suivie de la cérémonie de “dèguè“ (foudé). Elle réunit les amies de la mariée, sa conseillère conjugale ( magnabaga ) autour du jeune couple.

Le “dèguè”, est apporté par une demoiselle d’honneur. Le plat est déposé devant les mariés. La nouvelle mariée ôte le couvercle de la tasse de “dègué” . Elle remue la crème avec une louche. Elle y ajoute un peu d’eau. Les copains du mari lui crient des propos pleins de sous-entendu : ‘’ mélange bien et ajoute de l’eau au beau milieu ».

Malgré l’attachement de la communauté à cette cérémonie ancestrale, elle n’a pu échapper à l’influence de la culture occidentale. Au cours de la réunion intime dans la chambre nuptiale, un petit bijou est offert par l’époux à sa femme chérie. Mme Songonré Manssan Fofana,  septuagénaire originaire de Dia est convaincue que cette pratique culturelle rapproche davantage l’homme et la femme. Au – delà de son caractère social, elle laisse un souvenir inoubliable dans la vie du couple après des années de mariages.

Les enfants issus de ce mariage seront fiers chaque fois qu’ils regarderont les images de leur mère qui fait boire du “déguè” à leur père.

« C’est émouvant et passionnant, ils seront fiers de leur culture et de leur lignée. Ils clameront partout : « ceci est notre tradition ». Mme Tamina Fanta Djegueni ressortissante de Diaka réside en Côte d’Ivoire. Elle rappelle qu’au moment où elle faisait boire le “déguè” à son époux, elle etait émue et honorée.

La femme est la première à faire boire son mari qui, à son tour, portera une louche pleine aux lèvres de l’élue de son cœur.

Le devoir des jeunes générations est de valoriser nos valeurs culturelles pour sauvegarder notre identité. Le geste auguste de faire boire du “déguè” à son mari devant tout le monde rend la cérémonie solennelle. Il consolide le lien entre les conjoints.

Fatoumata TRAORÉ

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