QUE SONT-ILS DEVENUS ? AMADOU SAMAKE, UN TALENT EXCEPTIONNEL

0
317

Un pied gauche magique qui a fait «marcher à quatre pattes» bien de défenseurs coriaces sur les pelouses maliennes et africaines, des dribbles déroutants, des accélérations à casser les reins de ses adversaires, une assurance qui frisait l’arrogance sur le terrain et une fulgurance gestuelle : Amadou Samaké dit Vieux Gaucher, puisqu’il s’agit de lui, était tout simplement beau à voir jouer. Ex sociétaire du Réal de Bamako, ce génial footballeur n’a pas eu la carrière qu’il méritait.
Mais il a régalé, des années durant, les supporters des Scorpions et les fans de football, parce qu’il avait une technique extraordinaire, une intelligence tactique et une précision chirurgicale dans les passes.
« Petit » meneur de jeu, il a été incontestablement l’un des meilleurs joueurs de sa génération (celle des années 70-80). Amadou Samaké est né un jour de juillet 1958. Il éclabousse de son talent le football de masse à Bolibana où il évolua à Africa Sport de 1970 à 1973. A la suite d’une sélection à l’école de football, dont l’Allemand Karl Heinz Weigang (ancien entraîneur des Aigles) était le manager avec un staff technique composé d’anciens joueurs, notamment Ousmane Traoré «Ousmableni», Cheickna Traoré dit Kolo national, Doudou Diakité, Nani Touré et  autres, il regagne le Réal. Djolibiste dans l’âme mais le travail au corps de certains aînés, notamment des anciens joueurs du Réal, le conduira à opter pour les Scorpions en 1973-1974. Il évoluera avec les cadets puis les juniors avant de saisir sa chance un soir de 77 où le Réal affrontait la Renaissance en nocturne.
Il inscrira même sur coup franc, l’unique but de son club, défait 3-1. Il jouera quelques rencontres avant de faire ses premières armes contre le Djoliba dans une rencontre perdue 4-0 mais Amadou Samaké n’a joué que 5 minutes.
Mais avec sa culture de la gagne, le gamin de Bolibana mûrit sa revanche et s’occupera personnellement du Djoliba lors de la rencontre suivante. Il sera le grand artisan de la victoire des siens face à des Djoliba, battus 3-1, avec en prime un but et deux passes décisives à son compère et complice de la ligne d’attaque, Béydi Sidibé dit «Baraka». Feu Tiécoro Bagayoko, absent du pays au moment de la rencontre aura du mal à s’accommoder de cette défaite. Le grand manitou décide de faire rejouer le match à l’occasion d’un 25 mai, jour de l’Afrique. Le Djoliba étrillera le Réal 4-0.
Amadou Samaké se souvient encore d’autres grands derbies avec le Djoliba, notamment la finale de la coupe du Mali perdue 2-1 en 1978, après une première édition soldée par un score nul (1-1) et une autre demi-finale perdue dans la même compétition en 79. Mais le Réal prend sa revanche en 1980 et remporte le trophée (1-0, but de Baraka). Mamadou Coulibaly dit «Benny» plantera un autre but qui ne souffrait d’aucune contestation, mais le référé central trouvera le moyen de le refuser.
Mais celui qui emballait les supporters par ses prouesses techniques et sa vision du jeu, allait être victime d’un accident de moto qui l’handicapera pour la suite de sa carrière. Parti en France malgré un genou récalcitrant, il fera même des essais concluants mais les contingences de la vie le contraignirent à revenir au bercail.
Amadou Samaké a eu des modèles d’inspiration, notamment Salif Keita et Drissa Traoré dit Poker mais il garde toujours en mémoire un certain Abdoulaye Niaré dit Lili qu’il a connu dans le football de masse. Pour lui, ce natif de Niaréla restera un talent incomparable dans le football. «Dans ma carrière, je n’ai vu personne jouer au ballon mieux que lui», assure l’ancien international.
Par ailleurs, l’enfant de Bolibana avoue s’être inspiré parfois des dribbles et de la technique de Salif Keita (des gestes qu’il répétait dans le vestibule du domicile paternel) mais il explique à qui veut l’entendre que Ousmableni a été un facteur stimulant pour lui. «Chaque fois que je revenais d’un match avec des fans qui me suivaient jusqu’à la maison, cet aîné trouvait toujours le moyen de critiquer mes prestations. C’est bien après que j’ai compris qu’il voulait me pousser à avoir la pleine mesure de mon talent et repousser mes limites», raconte Vieux Gaucher.
Aujourd’hui, Amadou Samaké se porte comme un charme. Du haut des ses 60 ans, il analyse avec le recul nécessaire les erreurs de jeunesse qu’il a commises, en allant de son propre gré en France. Inexpérience ou malchance à l’époque ? Il accepte avec philosophie une carrière riche mais qui aurait due l’être davantage.
Après des études fondamentales, le ministre de la culture d’alors Alpha Oumar Konaré lui proposera de poursuivre ses études à l’Institut national des sports (INS) où il restera deux ans, avant de partir en France. Des déboires, il en a eus aussi. Compressé de la Caisse malienne des retraités, actuelle Caisse malienne de sécurité sociale (CMSS), il sollicitera le concours de Soumeylou Boubèye Maïga qui était aux commandes de la Sécurité d’Etat et qu’il a connu comme journaliste sportif à «Sunjata» pour se faire caser dans une entreprise. Boubèye lui promettra un emploi à la CMDT mais Amadou Samaké déclinera l’offre pour des raisons familiales. L’ancien international se souvient encore du geste de l’actuel Premier ministre et témoigne sa reconnaissance à Soumelou Boubèye Maïga pour tout ce qu’il a fait pour lui. «Je n’ai que de bons souvenirs de cet homme il ne m’a jamais déçu», souligne l’ancien canonnier du Réal et des Aigles.
Du football à la politique, il n’y a parfois qu’un petit pas que Amadou Samaké a allègrement franchi. Elu conseiller municipal sur une liste URD en Commune III, il est devenu maire signataire du centre secondaire du Badialan III. L’homme reste profondément attaché à sa famille et fidèle dans ses relations sociales. Il jouit de l’estime et du respect de tous pour ce qu’il a été (footballeur d’exception) mais aussi parce qu’il est affable donc facile à vivre, humble, rassembleur mais surtout profondément humain.
Marié Amadou Samaké est père de 3 enfants, dont 2 garçons qui sont sur ces traces. L’un, Tji Amadou Samaké évoule au Stade malien et l’autre, Cheickna Samaké affûte ses armes chez les Onze Créateurs.
 
Bréhima DOUMBIA

Laisser une réponse

P