Ségou : Le déclin de l’architecture en terre rouge

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Le Siège du Centre Ndomo, construit récemment à Ségou

Ce patrimoine qui donne du lustre à la capitale des Balanzans perd de son éclat. La création d’un projet ne semble pas suffire pour la sauvegarde de ces maisons, où il fait bon vivre et qui suscitent la curiosité des étrangers.

L’architecture en terre de Ségou ou « bogo blenni so » en langue bambara est menacée de disparition. Le quartier Somono, situé au bord du fleuve Niger, fascinait par son architecture et constituait une attraction. Les façades rouges de ce quartier de la capitale des Balanzans ont été popularisées par la série télévisée « Rois de Ségou » de Boubacar Sidibé. Les téléspectateurs pouvaient admirer une architecture dont la beauté était rehaussée par la couleur rouge du banco de crépissage.

Mais aujourd’hui, on peut voir dans ce quartier, des murs en banco rouge décrépis par le soleil et les précipitations. Ces façades attendent désespérément une réfection. Elles semblent avoir perdu de leur lustre.

Seules quelques édifices construits en banco et enduits à l’ocre rouge demeurent attrayants. Pourtant, les autorités municipales ont vite pris conscience de la dégradation des façades et la perte de leur attrait.

C’est pourquoi, elles ont mis en place en 2006, un chantier pilote de restauration de concessions. Le projet dénommé «Valorisation de l’habitat du quartier Somono», a été lancé dans le cadre de la coopération décentralisée entre Angoulême en France et Ségou, avec l’appui de l’Association nationale des villes et pays d’art et d’histoire et des Villes à secteurs sauvegardés et protégés de France (ANVPAH & VSSP) qui est devenue plus tard Sites & Cités remarquables de France.

Treize concessions en banco ont été restaurées. Le choix du quartier Somono est dû au fait que ce quartier des pêcheurs correspond à la plus ancienne partie de la ville de Ségou. Le choix des constructions est motivé par le fait qu’elles datent de la fin du XIXè siècle. La maison en banco présente une bonne isolation thermique supérieure à celle en parpaings de ciment avec de faibles besoins de produits importés.

HÉRITAGE

De nombreux habitants estiment que le projet est très bénéfique. Ils souhaitent que le projet puisse perdurer afin de préserver notre patrimoine en terre crue.

Ayant hérité de sa maison en banco rouge de ses grands-parents, Hadi Traoré protège jalousement ce patrimoine qui date d’un siècle. Dans sa maison règne un silence studieux. Chaque deux ans, pour l’entretien de ce joyau, Hadi Traoré dépense pas moins de 350 000 Fcfa.

Comme avantage du bâti en banco, il révèlera que le fait d’habiter dans une maison en banco est très agréable quelle que soit la saison. Ambitieux, il envisage plus tard une extension de sa demeure.

Si auparavant, la construction en terre souffrait d’une mauvaise image, car étant considérée comme le bâti des pauvres, destiné essentiellement aux villages et autres hameaux, notre interlocuteur précisera que depuis quelques années, cette image a changé, les plus nantis veulent ce genre de construction pour ses innombrables bienfaits.

La Mission culturelle de Ségou est chargée d’assurer la mise en œuvre de la politique nationale en matière d’inventaire, de préservation, de promotion du patrimoine culturel et de restauration du patrimoine culturel (biens matériels et immatériels) dans la Région de Ségou.

C’est dans ce cadre, qu’elle a entrepris l’inscription à l’inventaire du quartier Somono afin de le protéger. Ainsi, Somonosso est devenu le premier ensemble urbain d’architecture de terre protégé au Mali. Selon Cheick Boukounta Karamoko Sissoko, chef de la Mission culturelle de Ségou, il est plus que nécessaire d’intensifier la sensibilisation pour que la population puisse prendre conscience de la sauvegarde de notre patrimoine en banco.

Cependant, cette tâche s’annonce ardue. Car, il rencontre de nombreux problèmes au niveau du quartier Somono. «On ne peut pas faire la sensibilisation sans passer par les Communautés. Il ajoute qu’il y a espoir de régler la situation avec la mairie de la commune urbaine de Ségou. Aussi, Cheick Boukounta Karamoko Sissoko a signalé que sa structure manque de moyens pour pouvoir restaurer ce patrimoine.

L’HOMOGÉNÉITÉ

Le coordinateur du projet Boubacar Keita, estime aussi que l’architecture en banco possède une grande inertie thermique et constitue un patrimoine historique qui mérite d’être sauvegardé. Le projet ambitionne l’amélioration du cadre de vie des habitants. Le but est de maintenir l’homogénéité du quartier Somono pour fixer les touristes qui considéraient Ségou comme une ville de passage vers la ville de Djenné.

Parlant des travaux de restauration, il a fait remarquer qu’elles ont concerné les murs extérieurs et les toitures d’environ 1000 habitations.

De plus, les familles ont bénéficié aussi de nouvelles latrines, de puisards et de foyers améliorés en banco qui n’étaient pas prévus initialement, la mise en place d’un magasin de patrimoine pour rapprocher davantage les matériaux des populations, la formation des guides touristiques autour des thèmes de la construction et de l’architecture de terre, la création d’emplois temporaires pour des maçons, jeunes et menuisiers.

Comme contrainte, il déplore le manque de soutien des autorités, l’abandon des techniques de construction en banco par nos ingénieurs au détriment des architectures multiformes. «Pour l’exécution de travaux, les familles bénéficiaires participant au projet devaient fournir une main-d’œuvre non qualifiée : deux personnes au moins pendant toute la durée des travaux.

Très peu de famille ont répondu à l’appel en raison de l’extrême pauvreté. La population croit fermement que l’entretien des maisons revient au projet. Les campagnes de sensibilisation porte-à-porte pour développer la culture de réparation auprès des familles sont restées vaines», a-t-il regretté.

C’est autour de cette architecture locale, traditionnelle, originale, se fondant avec le paysage et l’environnement, que s’est forgée la réputation, l’image, la renommée de villes comme Tombouctou, Djenné, le pays Dogon, faisant de notre pays, une belle destination touristique.

Pourquoi pas une politique volontariste pour promouvoir les techniques de construction en terre crue ? En attendant, le chemin pour y parvenir est semé d’embûches, car le banco est mal accepté par bon nombre de nos concitoyens qui considèrent que seules les constructions en ciment sont modernes et durables.

Mamadou Sy
AMAP-Ségou

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