Spécial 22 septembre 2019: Energies renouvelables : Au cœur du développement

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Les nouvelles stratégies consistent à faire en sorte que le pourcentage des énergies renouvelables augmente à 38% d’ici 2030. Notre pays regorge d’énormes potentialités que de nombreuses initiatives sont en train de chercher à exploiter

Aucun pays ne peut se développer sans, au préalable, régler la question de l’énergie. Le Mali est confronté à un déficit d’énergie. Ce qui constitue un facteur qui ne favorise pas le développement économique. Pourtant, ce ne sont pas les ressources naturelles qui manquent. Aujourd’hui, il est possible de produire de l’électricité grâce à l’eau, le soleil, le vent, la biomasse, etc. Toutes ces ressources existent chez nous à foison. Elles peuvent être des sources d’énergie pour compléter les sources classiques comme les produits pétroliers. Les sources d’énergie naturelles ont l’avantage que l’énergie qu’elles produisent coûte beaucoup moins cher.
Si jusqu’ici, notre pays utilise encore l’énergie conventionnelle pour satisfaire ses besoins, la donne pourrait changer dans les années à venir puisqu’en février dernier, le ministère de l’Energie et de l’Eau à travers l’Agence des énergies renouvelables du Mali (AER-Mali), sur financement de la Banque africaine de développement, a organisé à Bamako, la « Semaine malienne des énergies renouvelables » avec comme slogan : « Investir raisonnablement dans les énergies au Mali ». Le directeur général de l’AER, Dr Souleymane Berthé, explique les objectifs de cette rencontre par le fait que le Mali regorge d’énormes potentialités en ressources d’énergie renouvelable, notamment le solaire, l’éolienne et la biomasse. D’où l’idée de faire la promotion de ces potentialités énergétiques afin d’attirer des investisseurs pour développer le secteur.

LIMITER LES COUPES DE BOIS- En termes de définition, les sources d’énergie considérées comme renouvelables sont des inépuisables ou virtuellement inépuisables. En plus, elles n’ont pas d’impact négatif sur notre environnement et sur la santé, explique le directeur de l’AER. Par exemple, si l’on transforme le rayonnement solaire ou la chaleur en électricité, il n’y a ni dégagement de gaz à effet de serre, ni impact négatif sur l’environnement, souligne-t-il. Lors de la Semaine des énergies renouvelables, les participants ont exposé leurs savoir-faire en équipements technologiques (modules, régulateurs, batteries, onduleurs) et en applications solaires (vélo électrique solaire, systèmes de pompage solaires, cuisinières à induction solaire, kits d’éclairage etc.). L’énergie domestique (foyers améliorés, fours solaires, briquettes combustibles), des équipements éoliens et autres innovations dont le système d’irrigation goutte à goutte ont été bien appréciés par les visiteurs.
Plusieurs projets ont été présentés aux partenaires techniques et financiers lors de la Semaine des énergies renouvelables. On peut produire de l’électricité avec les pailles de riz, les tiges de coton. Même les déchets organiques sont une source d’énergie.
Dans le cadre de l’électrification rurale, l’AER-Mali est en train d’installer 36.000 lampadaires, a affirmé son directeur, ajoutant qu’elle a fourni 165 séchoirs, dont 59 à Ménaka et 106 dans les régions de Tombouctou, Gao et le cercle de Dire. Elle a aussi distribué 300 kits solaires, 280 lampadaires solaires et 8 stations de pompage dans la Région de Mopti.
L’Agence nationale de développement des biocarburants (ANADEB), de son côté, développe des projets en biomasse, biogaz et en cuisson. Le but étant de limiter les coupes de bois. A cela, il faut ajouter que le solaire ne sert pas seulement à produire de l’électricité. Il est aussi utilisé pour produire de l’eau chaude, pour la cuisson et le séchage. L’AER dispose d’un atelier qui développe aujourd’hui, toutes ces technologies : cuiseurs, séchoirs et chauffe-eau solaire.

TECHNOLOGIE MALIENNE- Selon le directeur général de l’AER, le Mali dispose de 5,5 à 7 kw/h par m2 par jour de potentiel solaire. C’est presque le double de ce que possède l’Allemagne, par exemple, qui est considérée comme championne dans l’énergie solaire. Nous disposons aussi d’un grand potentiel en vent surtout dans la partie septentrionale, où il est établi 5 à 7 m par seconde. Ce qui peut faire fonctionner des éoliennes pour la production d’électricité. Par ailleurs, l’AER-Mali a découvert vers Kayes des gisements éoliens permettant de développer des centrales éoliennes pouvant atteindre 100 mégawatts.
Notre pays a développé sa technologie de chauffe-eau solaire appelée Consol et qui est installée dans les CSCOM et sur les toits de certaines maisons. C’est une production à 100% locale, développée par les chercheurs maliens. Il y a aussi, le cuiseur solaire en boîte ou en parabole, les séchoirs solaires « TAOS » et « ICARO ».
Pour le grand public, c’est le coût initial de l’installation des plaques solaires qui est cher, mais une solution bancaire a été trouvée, indique le directeur de l’AER. Concernant la prolifération des panneaux solaires, une réflexion est en cours en vue de prendre des mesures. D’où l’idée de mettre en place un projet qui va contrôler la qualité des panneaux et équipements solaires aux portes d’entrée du pays.
Le développement des énergies renouvelables étant au centre des préoccupations de nos autorités, les nouvelles stratégies consistent à les mettre au cœur du développement en faisant en sorte que leur pourcentage augmente à 38% d’ici 2030. Si on y ajoute la production des grandes centrales hydro-électriques, cela avoisinera les 80%, affirme le directeur général de l’AER.
Un autre acteur important des énergies renouvelables, c’est l’Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et l’électrification rurale (AMADER). Sa mission est de promouvoir l’usage optimal de l’énergie domestique et de stimuler le développement du monde rural par l’accès aux services énergétiques de base. L’AMADER a, entre autres, électrifié plus de 250 localités et construit 34 centrales hybrides de 1,6 MW, selon les données de l’Agence. Elle dispose aussi de programmes en cours d’exécution dont le Projet systèmes hybrides d’électrification rurale (SHER) qui consiste à remplacer des centrales thermiques existantes par des centrales hybrides solaires dans 50 villages. Le Projet de production hybride et accès rural à l’électricité, financé par l’Agence française de développement à hauteur de 41 millions d’euros, soit 2,6 milliards de Fcfa, prévoit l’équipement de 60 villages.
Amadou B. MAÏGA

 

l’Initiative pilote de l’Uemoa
Une initiative pilote commune des pays de l’Uemoa a été présentée à la Semaine de l’énergie. Ce projet a été initié en partenariat avec l’Alliance solaire internationale en vue de monter des projets communs et d’harmoniser les commandes d’équipements. Par ailleurs, des demandes de partenariats à hauteur de 230 millions de dollars, soit plus de 1,3 milliard de Fcfa ont été enregistrées par rapport à des projets. Certains ont déjà démarré, et d’autres sont en phase de développement. Il s’agit du parc éolien de Kayes (150 MW), des centrales solaires prévues à Koutiala (25 MW) et à Bla (75 WM) et du projet solaire en développement de Sélingué (50MW), du projet village durable par irrigation solaire prévu sur une superficie de 2050 hectares, à Sélingué avec l’appui de l’Alliance solaire internationale. Ce projet prévoit la construction d’une cité agricole réunissant toutes les conditions d’habitation moderne (logements, eau, électricité etc.). Des projets de centrales solaires avec le PNUD sont aussi prévus dans les localités de Badougou Nafadji et Baguinéda (Koulikoro) ; Dialaya, Pélengana et Tango (Ségou) ; Dio, N’tella, Mounzou et N’Pèdougou dans la Région de Sikasso.
A.M.

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